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Investissement durable : stratégie rentable ou mythe ?

Investissement durable : mythe ou stratégie rentable ? Découvrez si l’ISR permet d’allier performance financière et valeurs, sans sacrifier le rendement.

Pendant longtemps, investir de manière durable était perçu comme un acte militant. Un choix de conviction. Presque une concession morale : on acceptait un rendement moindre, mais on dormait mieux la nuit.Aujourd’hui, ce regard change. Les performances passées ont révélé une réalité plus nuancée, et parfois même inattendue : investir durable n’est pas toujours moins rentable. Parfois, c’est même une stratégie gagnante.

Alors, peut-on vraiment aligner ses valeurs avec ses choix financiers sans sacrifier le rendement ? C’est ce que nous allons explorer ensemble, chiffres à l’appui — mais aussi avec les précautions nécessaires pour ne pas céder à l’effet de mode.

Investissement durable : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant d’aller plus loin, quelques repères s’imposent.L’investissement durable, ou ISR (Investissement Socialement Responsable), fait référence à une approche qui intègre des critères extra-financiers — environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) — dans les décisions d’investissement. L’objectif : soutenir des entreprises plus responsables tout en construisant une performance financière solide sur le long terme.

Concrètement, cela se traduit souvent par :

Des exclusions sectorielles (charbon, armement, tabac…),

Une sélection positive (entreprises à impact, leadership ESG),

Une approche thématique (fonds climat, transition énergétique, diversité…).

Mais cette approche est-elle aussi performante que les fonds dits « traditionnels » ?

Non, l’investissement durable n’est pas toujours moins rentable

Pendant des années, une idée largement répandue voulait que les fonds durables soient moins performants. Or, les données historiques montrent que ce n’est pas si simple. Sur certaines périodes récentes, les fonds durables ont même surperformé leurs équivalents classiques.

Prenons l’exemple de l’indice MSCI KLD 400 Social, qui suit la performance de grandes entreprises américaines respectueuses des critères ESG. Depuis 1990, il affiche une performance annualisée de +10,4 %, contre +10,1 % pour l’indice MSCI USA classique. Une différence de 0,3 % par an peut sembler modeste, mais elle devient significative sur 10, 20 ou 30 ans d’investissement.

Autre étude majeure : celle menée par Morgan Stanley sur plus de 10 000 fonds entre 2004 et 2018. Conclusion ? Les fonds durables ont montré des performances similaires aux fonds traditionnels, avec une volatilité négative réduite de 20 %. Autrement dit : à rendement égal, le risque encouru était plus faible pour les portefeuilles responsables.

Enfin, une méta-analyse conduite par le NYU Stern Center for Sustainable Business a analysé plus de 1 100 études entre 2015 et 2020. Résultat :

59 % des études concluent à une performance équivalente ou supérieure pour les fonds durables,

14 % identifient une performance inférieure,

Les rendements supplémentaires observés varient de +0,17 % (Amériques) à +1,59 % (Europe).

Autant d’éléments qui battent en brèche l’idée d’un « coût moral » systématique.

Une meilleure résilience face aux crises

Au-delà de la performance pure, un autre avantage ressort : la capacité de résilience.

Lors de la crise du Covid-19, par exemple, les fonds ESG ont globalement mieux résisté. Selon l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), les fonds actions durables (UCITS non cotés) ont enregistré une performance moyenne de +6,3 % par an entre 2019 et 2023, contre +5,8 % pour les fonds classiques équivalents.

Cela s’explique en partie par leur exposition réduite aux secteurs les plus vulnérables (énergie fossile, aérien, etc.) et par leur surpondération dans des secteurs plus agiles ou innovants (technologie, santé, numérique…).

Toutefois, la gestion passive (ETF) a montré des résultats légèrement inverses sur la même période : +8,2 % pour les ETF traditionnels, contre +7,5 % pour les ETF durables. Ce qui souligne une réalité : les fonds ESG ne sont pas toujours plus performants, ni automatiquement plus résilients. Leur comportement dépend aussi du type de gestion et du contexte de marché.

Une performance souvent liée aux secteurs privilégiés

Il serait tentant de conclure que les fonds durables sont « meilleurs ». Mais attention à ne pas aller trop vite.

La surperformance observée sur certaines périodes tient aussi aux choix sectoriels. De nombreux fonds ISR surpondèrent la technologie, tout en excluant les secteurs comme l’énergie fossile, l’aéronautique ou les matières premières. Or, ces choix ont été payants sur les 20 dernières années, période durant laquelle la tech a largement tiré les marchés vers le haut.

Mais rien ne dit que cela durera.L’histoire boursière regorge d’exemples où la hiérarchie sectorielle s’est inversée. À la fin du XIXe siècle, le secteur ferroviaire représentait la majorité des capitalisations boursières en Europe et aux États-Unis. Il a ensuite été progressivement remplacé par l’automobile, puis l’électronique, la tech, etc.

Ainsi, ce ne sont pas forcément les fonds durables eux-mêmes qui surperforment, mais les secteurs qu’ils privilégient sur une période donnée. Et ce qui est vrai aujourd’hui peut ne plus l’être demain.

Moins diversifiés, parfois plus coûteux

Un autre point à considérer : les frais et la diversification.

En moyenne, les fonds durables présentent :

Des frais de gestion plus élevés : environ 0,16 % contre 0,08 % pour les portefeuilles classiques,

Une diversification géographique et sectorielle plus limitée,

Une taille de fonds plus modeste, ce qui peut accroître les risques de liquidité.

Même si la performance brute semble comparable, ces frais supplémentaires viennent rogner le rendement net à long terme. Par ailleurs, une diversification plus étroite signifie potentiellement plus de volatilité ou une sensibilité accrue à certains cycles économiques.

Cela ne remet pas en cause l’intérêt de ces fonds, mais rappelle que l’investissement durable n’est pas offert, au sens littéral comme au sens figuré.

Pas toujours plus résilient à court terme

Si les performances à long terme sont souvent flatteuses, il faut aussi noter que les fonds durables ne sont pas immunisés contre les chocs.

Morgan Stanley a observé des sous-performances ponctuelles, notamment au premier trimestre 2022 et au second trimestre 2024. En clair, la promesse d’une meilleure résistance n’est pas systématique. Les performances peuvent varier fortement selon les conjonctures, les zones géographiques et la composition exacte du portefeuille.

C’est un rappel utile : aucune stratégie n’est infaillible, pas même celle qui semble la plus vertueuse.

FAQ

L'investissement durable est-il vraiment rentable ?

Oui, de nombreuses études montrent que les fonds ISR performent aussi bien, voire mieux, que les fonds traditionnels sur le long terme. Les entreprises bien notées en ESG présentent souvent moins de risques et une gouvernance plus solide.

Comment savoir si un fonds est réellement durable ?

Vérifiez le label ISR ou Greenfin, consultez la politique d'investissement du fonds et sa méthodologie ESG. Méfiez-vous du greenwashing : un fonds qui manque de transparence mérite une analyse approfondie.

Peut-on investir durable avec un petit budget ?

Oui, de nombreux ETF labellisés ISR sont accessibles dès quelques dizaines d'euros via un PEA ou une assurance-vie. C'est un excellent moyen de concilier valeurs personnelles et constitution de patrimoine.

Conclusion : investir durable, une démarche à la fois rationnelle et responsable

L’investissement durable n’est ni une baguette magique, ni un simple coup de communication. C’est une approche sérieuse, fondée sur des critères mesurables, qui vise à concilier performance financière et responsabilité sociétale.

Les chiffres montrent qu’il ne s’agit pas d’un sacrifice de rendement, mais d’un arbitrage différent, avec ses avantages (meilleure gestion du risque, sens donné à son argent, volatilité plus faible) et ses limites (frais, diversification, dépendance sectorielle).

Investir durablement, ce n’est pas chercher une performance garantie — c’est choisir une stratégie alignée avec ses valeurs, qui reste cohérente dans un monde incertain.

Alors si vous souhaitez construire un patrimoine solide, tout en soutenant des entreprises plus responsables, l’investissement durable mérite clairement sa place dans votre stratégie financière.

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